Une pratique spirituelle, on l’imagine souvent en solitaire : sur un coussin de méditation, dans une prière, pendant une retraite en silence.
On pense beaucoup plus rarement qu’accompagner quelqu’un puisse en être une. Pourtant, quand on pratique vraiment l’hypnose spirituelle, du moins de la façon dont on l’enseigne à l’IIHS, chaque séance fait aussi avancer celui ou celle qui guide.
Je me rappelle une étudiante qui vivait des difficultés dans son couple pendant sa formation. Le jour où c’était son tour d’être praticienne, elle redoutait le moment. Ça ne lui tentait pas : « Je ne vais pas être dans le bon état », disait-elle.
C’est l’inverse qui s’est produit. Guider cette séance l’a recentrée, reconnectée, réalignée. Elle en est ressortie beaucoup plus en paix par rapport à sa vie. Et c’est quelque chose que j’ai moi-même remarqué maintes fois.
Par Jean-Charles Chabot, président-fondateur de l’Institut international d’hypnose spirituelle, qui forme des praticiens en hypnose spirituelle depuis 2011.
Dans cet article
Quelles sont les pratiques spirituelles ?
Les pratiques spirituelles les plus courantes sont la méditation, la prière, la contemplation, le yoga, la gratitude, la lecture de textes inspirants et les retraites en silence. Ce qui en fait une pratique, c’est la régularité et l’intention, plus que la forme.
Une pratique spirituelle est une activité qu’on répète pour se relier à ce qu’il y a de plus élevé en soi et, selon ses croyances, à une dimension qui nous dépasse.
On parle peu d’une autre forme : accompagner quelqu’un, quand on le fait avec une certaine posture intérieure. On peut aussi grandir spirituellement en accompagnant les autres.
Pourquoi l’hypnose spirituelle est-elle une pratique spirituelle pour le praticien ?
Parce que le praticien n’y dirige pas l’expérience. Avant chaque séance, il se place dans le cœur et s’en remet à l’Intelligence sage de la personne, ce qui lui demande chaque fois sincérité, confiance et humilité.
Dans les approches d’hypnose plus traditionnelles, le praticien parle et le sujet écoute : des suggestions directes ou indirectes, des métaphores. L’évolution spirituelle et intérieure du praticien n’y est pas particulièrement sollicitée.
En hypnose spirituelle, telle qu’on l’enseigne à l’IIHS, c’est l’Intelligence sage de la personne qui guide la séance. Le praticien accompagne; il ne décide pas de ce qui doit arriver. Cette posture découle des principes de spiritualité sur lesquels repose notre approche.
Accompagner de cette façon, c’est s’exercer, à chaque séance, à habiter ce qu’il y a de plus élevé en soi.
Cinq façons dont la pratique transforme le praticien
Séance après séance, le praticien en hypnose spirituelle développe une posture intérieure, une communication plus consciente, une relation tangible au spirituel, une façon plus souple d’accueillir la vie et une écoute des enseignements qui lui sont destinés.
01Une posture intérieure qui s’entraîne à chaque séance
Chaque fois qu’on guide une personne, on prend d’abord un temps pour soi. On s’intériorise, on se connecte à ce qu’il y a de plus sage et de plus élevé en nous. On demande à nos Guides et à notre conscience supérieure de nous aider à accompagner ce client-là, ce jour-là, pour que le meilleur de nous soit mis à son service.
Jour après jour, séance après séance, ce geste nous entraîne à nous placer dans le cœur : l’amour, le non-jugement, la confiance en la Vie, la confiance d’être guidé vers l’expérience la plus juste.
Quand on se met au service avec sincérité, confiance et humilité, notre propre état change.
Vécu en formation
Vous vous rappelez l’étudiante du début : c’est exactement ce qu’elle a vécu.
02Un communicateur plus sensible et plus conscient
La pratique fait de nous de bien meilleurs communicateurs, et ça se joue sur deux plans.
- Ressentir l’autre. On apprend à lire le non-verbal des personnes et on développe sa sensibilité pour ressentir ce qu’elles vivent.
- Habiter ses mots. On devient conscient des présuppositions que contient une phrase et de l’impact de chaque mot sur la personne qui l’entend. Peu à peu, on parle de plus en plus en conscience, et de moins en moins machinalement.
Et ça ne s’arrête pas à la séance : on communique mieux, tout simplement.
Ce que dit la recherche
18 psychothérapeutes sur 21 disent être devenus plus sensibles, plus compatissants et plus tolérants grâce à leur travail (Arnold et coll., 2005).
03La dimension spirituelle devient tangible
Quand on accompagne des personnes qui vivent des expériences spirituelles, on est constamment ramené à l’existence de cette réalité.
Et ça modifie notre façon de vivre le quotidien.
Ce que dit la recherche
16 psychothérapeutes sur 21 disent que leur travail auprès de personnes traumatisées a touché leur spiritualité (Arnold et coll., 2005).
04Accueillir la vie avec plus de souplesse
Je l’ai remarqué chez beaucoup de personnes qui ont suivi notre formation, et elles le rapportent elles-mêmes : une capacité accrue à accueillir les événements de la vie, même difficiles, avec plus de souplesse et un point de vue plus sage.
Au lieu de se placer en victime ou de se raidir, on en vient à se demander : « Qu’est-ce que la Vie m’invite à apprendre ? Comment cet événement peut-il m’amener à grandir ? »
C’est normal. C’est le cheminement que font naturellement les personnes qu’on accompagne : elles retirent des apprentissages de leur vécu. Quand on baigne dans cette façon de penser, elle finit par déteindre sur notre propre vie.
05Des enseignements qui nous sont aussi destinés
La sagesse que les gens reçoivent en séance, de leurs Guides ou de leur Moi supérieur, résonne souvent pour nous aussi.
Vécu en formation
Je ne compte plus les fois où j’ai entendu une personne en formation me dire : « Je crois que ce n’est pas un hasard si j’ai accompagné cette personne. Ce qu’elle a compris, ça résonnait pour moi aussi. »
Ce que dit la recherche
Des chercheurs ont nommé ce mouvement la « résilience par ricochet » : le thérapeute est transformé positivement en étant témoin de la résilience de ses clients (Hernández et coll., 2007).
Un phénomène étrange : parfois, le message est pour le praticien
Il arrive, de façon occasionnelle, qu’une personne reçoive pendant sa séance un message destiné au praticien lui-même. On ne le demande jamais; quand ça arrive, c’est spontané.
Il y a quelque chose de plus surprenant encore. Parfois, ce n’est pas ce que la personne reçoit pour elle qui nous aide : c’est ce qu’elle reçoit pour nous.
On ne demande évidemment jamais à un client : « As-tu un message pour moi ? » Mais c’est arrivé quelques fois que la personne en ait un. Et ce message était plus que pertinent, et très aidant. En voici deux.
Le déménagement
À un moment de ma vie, je songeais à déménager. J’étais incertain. Un lieu m’était venu, mais je n’étais pas encore certain que c’était le bon.
C’est à ce moment que j’ai reçu une cliente. À la fin de la séance, elle m’a dit, en hésitant un peu :
Je ne sais pas, j’hésite à te dire ça parce que je ne sais pas si ça va te faire du sens, mais mon guide me dit : c’est OK, l’endroit où tu veux aller.
Elle n’avait aucune idée que je songeais à déménager. Elle-même ne savait pas à quoi ce message faisait référence.
J’ai fini par m’installer à cet endroit.
Le signe que j’avais demandé
La deuxième histoire remonte au début de ma pratique. Je n’avais pas encore toutes les compétences qu’on enseigne aujourd’hui dans notre formation. Avec certaines personnes, ça fonctionnait plus ou moins, et je traversais un moment de découragement. J’hésitais à continuer.
Un jour, j’ai demandé à mes Guides : « Si vous voulez que je continue, donnez-moi un signe. »
Les trois clients que j’ai reçus par la suite, sans que je leur demande quoi que ce soit, m’ont chacun dit que leur guide avait un message pour moi. Et ce message allait dans le même sens : c’était important que je continue. Ce que je développais n’en était qu’au début, ça allait s’améliorer et se développer, et il ne fallait pas lâcher.
Aucun d’eux ne savait ce qui m’habitait à ce moment-là. Ça avait été vraiment très surprenant.
Si ce doute des débuts vous parle, j’ai écrit un article sur le syndrome de l’imposteur chez ceux qui accompagnent.
Ces moments restent rares. Mais ils rappellent que, dans une séance, la personne accompagnée n’est pas toujours la seule à recevoir.
Ce que dit la recherche sur ceux qui accompagnent
À notre connaissance, aucune étude ne porte sur les praticiens en hypnose spirituelle. Des recherches menées auprès de psychothérapeutes décrivent toutefois un mouvement semblable : en accompagnant, le thérapeute est lui-même transformé.
Il s’agit donc d’une transposition. Ces deux études portent sur des psychothérapeutes qui accompagnent des personnes ayant vécu un traumatisme, pas sur l’hypnose.
Ce que rapportent 21 psychothérapeutes
Arnold, Calhoun, Tedeschi et Cann, 2005, Journal of Humanistic Psychology. Entrevues auprès de psychothérapeutes qui accompagnent des personnes traumatisées.
Arnold, Calhoun, Tedeschi et Cann, 2005
Debora Arnold et trois chercheurs de l’Université de Caroline du Nord à Charlotte, dont Lawrence Calhoun et Richard Tedeschi, pionniers de la recherche sur la « croissance post-traumatique », ont interrogé 21 psychothérapeutes sur l’effet de leur travail auprès de personnes traumatisées.
Tous ont décrit des effets difficiles, comme des images envahissantes ou de la fatigue. Mais tous ont aussi décrit des effets positifs. Le plus fréquent : être témoin de la croissance de leurs clients (19 sur 21).
Et 18 sur 21 disent être devenus plus sensibles, plus compatissants et plus tolérants. Seize d’entre eux disent que ce travail a touché leur spiritualité, et plusieurs parlent d’une spiritualité élargie.
Hernández, Gangsei et Engstrom, 2007
Pilar Hernández, David Gangsei et David Engstrom ont interviewé 12 psychothérapeutes qui accompagnent des victimes de violence politique et d’enlèvement, sur la façon dont ils perçoivent leurs clients surmonter l’adversité.
Ils en ont tiré un nouveau concept, la « résilience par ricochet » (vicarious resilience) : le thérapeute est lui-même transformé positivement en étant témoin de la résilience de ses clients. C’est très proche de ce que vivent nos étudiants quand l’apprentissage d’un client résonne pour eux.
Ce sont de petits échantillons, des entrevues plutôt que des mesures, et des contextes très différents du nôtre.
Ces études ne prouvent rien sur l’hypnose spirituelle. Elles montrent seulement que l’idée d’un accompagnant transformé par son travail dépasse l’intuition de quelques praticiens. Les bases de notre approche sont présentées dans nos fondements scientifiques et spirituels.
« La simple pratique d’accompagner les gens
est une pratique spirituelle qui nous nourrit. »
Un chemin de développement spirituel, séance après séance
C’est ce que je trouve magnifique dans une approche comme la nôtre. La simple pratique d’accompagner les gens est une pratique spirituelle qui nous nourrit à plusieurs niveaux.
Elle fait de nous, d’une certaine façon, de meilleurs êtres humains : plus vrais, plus alignés, plus dans le cœur. Moins dans le jugement, plus dans l’ouverture et la compassion.
Ce sont des aspects que je partage rarement. Ils sont pourtant, à mon sens, assez uniques. Vous pouvez lire les témoignages de nos diplômés.
Et vous, connaissez-vous d’autres approches dont la pratique transforme autant la personne qui accompagne que celle qui est accompagnée ?
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une pratique spirituelle ?
C’est une activité qu’on répète avec l’intention de se relier à ce qu’il y a de plus élevé en soi : la méditation, la prière, la contemplation, la gratitude. Ce qui compte, c’est la régularité et l’intention. Accompagner quelqu’un peut en devenir une, quand on le fait depuis le cœur.
Comment développer sa vie spirituelle au quotidien ?
En choisissant une pratique simple et en y revenant souvent, même quelques minutes à la fois. Pour un praticien en hypnose spirituelle, chaque séance commence par un temps d’intériorisation : c’est une pratique en soi, répétée avec chaque personne accompagnée.
L’hypnose spirituelle transforme-t-elle aussi le praticien ?
Oui. Séance après séance, le praticien s’entraîne à se placer dans le cœur, à communiquer plus consciemment et à accueillir la vie avec plus de souplesse. Il reçoit aussi, souvent, des enseignements qui résonnent pour lui. C’est ce qui distingue notre approche des hypnoses plus directives.
Le praticien demande-t-il des messages pour lui pendant une séance ?
Jamais. La séance appartient à la personne accompagnée. Il arrive, de façon occasionnelle, qu’une personne reçoive spontanément un message pour le praticien, mais on ne le sollicite pas.
Est-ce prouvé scientifiquement ?
Pas pour l’hypnose spirituelle elle-même : à notre connaissance, aucune étude n’a mesuré ses effets sur le praticien. Les deux études citées plus haut portent sur des psychothérapeutes (21 dans l’une, 12 dans l’autre). Elles vont dans le même sens, mais ce sont de petits échantillons, et c’est une transposition.
Comment devenir praticien en hypnose spirituelle ?
À l’IIHS, la Formation en Hypnose Spirituelle Évolutive© se déroule sur six mois, en groupes de 18 personnes au maximum, avec plusieurs journées en direct, de la pratique encadrée et des supervisions pendant un an. Notre approche pédagogique est décrite en détail sur le site.
Et si accompagner devenait votre pratique spirituelle ?
Si cette façon d’accompagner vous appelle, je vous invite à découvrir la Formation en Hypnose Spirituelle Évolutive©. Vous y trouverez le programme, la pédagogie et la façon dont on vous accompagne jusqu’à la certification.
Découvrir la formationChaleureusement,
Jean-Charles
Sources
- Arnold, D., Calhoun, L. G., Tedeschi, R. et Cann, A. (2005). Vicarious Posttraumatic Growth in Psychotherapy. Journal of Humanistic Psychology, 45(2), 239-263. Lire
- Hernández, P., Gangsei, D. et Engstrom, D. (2007). Vicarious Resilience: A New Concept in Work With Those Who Survive Trauma. Family Process, 46(2), 229-241. Lire